RÉUSSIR ENSEMBLE,
de la maternelle au supérieur
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Visionnage du film : BAC Nord

Les classes de CAP1 et CAP2 ont eu l’occasion de voir ce film le mardi 21 septembre 2021.

Ils étaient accompagnés par MM. FILLON et DE SOUZA, enseignants de Lettres-Histoire. M. FILLON propose aux élèves une étude conjointe du film avec l’ouvrage de l’ancien baqueux Sébastien Bennardo, Brigade Antricriminalité, paru en 2013.

Nous remercions Madame Mélodie LAFAY, adjointe de direction du cinéma « Le Mourguet », pour son accueil chaleureux, d’avoir pris le temps de présenter le film avant la projection, et de recueillir le ressenti des élèves, à l’issue de celle-ci.

Le film suit trois membres de la BAC Nord : Greg, Yass et Antoine. On les surnomme les « ba(c)queux ». Nous avons pu relever quelques termes de leur vocabulaire professionnel.

La cité Félix-Pyat est la plus misérable des quartiers nord : extrêmement dégradée, vieille et décatie. Des HLM abandonnées, des déchets entreposés en bas des immeubles, des épaves de gazinières et de frigos rouillés, des fauteuils et des chaises déglingués… Les braqueurs se réfugient dans le bâtiment B, parce que c’est un bunker, une tour de vingt-cinq étages avec des planques possibles un peu partout. À Marseille, les voleurs à main armée viennent souvent de Félix-Pyat. Les guetteurs font le tour de la cité à scooter, surveillance permanente pour nous en barrer l’accès. Il n’y a que les « acheteurs », obligés de montrer patte blanche aux guetteurs, qui ont le droit d’entrer. Ils sortent du métro Bougainville, entrent par une grille à moitié brisée derrière les HLM qui débouche sur une sorte de terrain vague, et puis franchissent le contrôle du « chouf ». Une fois que ce dernier a donné son accord, les « acheteurs » se rendent auprès du vendeur, le « charbonneur » qui, comme au fond de la mine, « charbonne » pour le trafiquant, monnaie la came avec les consommateurs. Et le tour est joué. 

S. Bennardo, BAC, chap. 4 « Police à Marseille : la jungle ou la Play-Station », p. 35-36.

  • « Charbonneurs » : expression qui désigne les dealers, ou revendeurs de drogue au détail.
  • « Chouf / chouffeur » : guetteur, souvent recruté parmi les jeunes. Pour prévenir de l’arrivée de la police, il crie « AKHA ! ».
  • « Nourrice » : appartement où le dealer peut se réfugier, ou stocker une partie de sa marchandise.
  • « Faire (ou monter) un plan stups » : monter une opération contre un point de deal.

Un plan stups se déroule toujours selon le même schéma. D’abord, on arrête un acheteur pour connaître la description et le prénom du vendeur. Puis on se déguise. Pour ma première intervention de ce type, je porte un jean, un maillot de l’OM orange et un bob. On utilise nos voitures personnelles, car elles ne sont pas connues des dealers- les trafiquants connaissent tous les numéros d’immatriculation des véhicules de la BAC. Nous voilà donc partis à bord de la Ford Fiesta blanche d’un collègue, mon chef Rodolphe caché à l’arrière sous une couverture. Je vais faire ce qu’on appelle un coup d’achat.

   J’entre incognito dans la cité de la Savine, et j’aborde le vendeur qui me demande ce que je veux. Je lui demande un « petit truc à fumer ». « On sait pourquoi tu viens », me répond-il. Dans ma tête, je pense : « Tu parles, tu ne sais pas pourquoi je viens. » Mon portable est allumé dans ma poche, pour donner le top à mes collègues. J’attends que le vendeur sorte sa came et sa grosse sacoche qui contient l’argent liquide et les barrettes de shit. Là, je crie : « Police ! », et je fais une clé autour du cou du dealer pour le maîtriser et le faire tomber. Puis mes collègues rappliquent, et le tour est joué.

S. Bennardo, BAC, chap. 5 « Les plans stups des baqueux », p. 43-44.

  • « Tontons » / « Tatas » : ce sont les indicateurs, les sources de la police. Certains sont enregistrés et rémunérés, en échange de leur anonymat. D’autres ne sont pas recensés, et sont dédommagés sur les saisies.

Durant les premiers mois à la BAC, le chef Rodolphe nous apprend à monter des planques, mais aussi à gérer des tontons et des tatas, nos indics dans les cités. Sans eux, vous ne pouvez pas travailler correctement. Depuis une loi de 2004, les policiers peuvent immatriculer leurs informateurs officiels au Bureau central des sources, ce qui permet de les rémunérer. Même si le respect de leur anonymat est garanti, et si l’argent est versé discrètement, rares sont les gars des cités qui souhaitent devenir de véritables indics (…).

Nous trouvons donc des arrangements pour récompenser nos tontons et tatas. Ce n’est pas très règlementaire, mais c’est ainsi que se pratique la police de terrain, à Marseille comme ailleurs. Parfois, on remet à nos indics une partie de la marchandise qu’on a récupérée grâce à leurs tuyaux.

S. Bennardo, BAC, chap. 6 « Tatas et tontons, petits arrangements entre amis », p. 50-51.

  • « Flag » : abréviation de flagrant délit. Les policiers interviennent alors que le crime est en cours. On dit aussi « faire un crâne ».
  • « Blocs » : barres d’immeubles de résidence, HLM.
  • « Barrettes » : barres de résine de cannabis.
  • « Se faire cramer » : se faire repérer. Le policier change alors d’unité et de secteur.

En outre, certains policiers de la BAC Nord se livrent à des abus de pouvoir, bien visibles dans le film :

  • Ils mangent « gratuitement » dans un fast-food où ils ont leurs habitudes.

Au lieu de s’occuper de la cité Campagne- l’Évêque ou des extérieurs du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry, où toute la faune et la flore des quartiers nord se battent et se tirent dessus, les dilettantes du groupe B déjeunent gratis au Quick hallal, tandis que les jeunes de la cité prennent leur repas au Drive. Ils annoncent la couleur, sans se gêner : « On est de la police, on veut manger ». Les autres de la BAC ne veulent pas venir ici, car c’est un Quick hallal. Les uns, par pur racisme, les autres, parce que les racailles qu’ils ont interpellées y travaillent. Les losers du groupe B s’en moquent, du moment qu’ils ne déboursent pas. Ce n’est pas le patron suspecté d’embaucher des mecs de la cité au noir qui va leur réclamer l’addition ».

S. Bennardo, BAC, chap. 7 « tripatouillages suspects », p. 61.

  • Antoine rémunère son indicatrice et amie Amel avec des saisies effectuées sur des consommateurs de cannabis, voire, « sur la bête » (dealers et trafiquants) ;
  • Des saisies de cigarettes ou d’argent liquide sont également pratiquées.

Dans le même ordre d’idée, quand on va à la division nord à 5 heures du matin, on aperçoit des policiers de la BAC Nord qui font le plein de leurs voitures personnelles à la pompe Total qui se trouve à l’intérieur du commissariat, normalement réservée aux véhicules de service. Ou encore, au poste, on trouve la « brigade des pizzas, dont les membres passent leur journée à manger des pizzas achetées 10 euros les trois au marché aux puces. 

S. Bennardo, BAC, chap. 4 « Police à Marseille : la jungle ou la Play-Station », p. 37.

En 2012, ces agissements illégaux éclatent au grand jour, suite à des enquêtes menées par l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale), sur la demande du procureur de la République de Marseille Jacques Dallest. Dix-huit policiers de la BAC Nord sont alors déférés en correctionnelle, sous les chefs d’accusation suivants : « violences, rackets, et trafics de drogue en bande organisée ». Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, annonce la dissolution de la BAC Nord de Marseille. « C’est une décision massue, écrit Sébastien Bennardo, que d’éliminer un service entier, composé de quatre-vingts policiers. Du jamais vu depuis la dissolution, en 1986, de la brigade de voltigeurs qui avaient réprimé les manifestations de lycéens à coups de matraque, et tué le jeune Malik Oussekine. » (p.15).

Les élèves ont enfin noté que la hiérarchie ne soutenait pas toujours les policiers présents sur le terrain, et que des intérêts politiques pouvaient s’immiscer dans leur travail. Ainsi, dans le film, des revendeurs de drogue diffusent une vidéo, dans laquelle un indic criblé de balles est brûlé dans une voiture. Comme l’explique S. Bennardo, évoquant le cas de Lyès Gouasmia, c’est « la méthode dite « du barbecue », très prisée du banditisme marseillais. » (chap. 7  « tripatouillages suspects », p. 63). La réponse du préfet ne se fait pas attendre : il exige qu’une opération à hauts risques soit menée dans la cité concernée. En échange, on fait miroiter aux baqueux un changement d’échelon, voire, l’obtention d’un concours. Greg accepte de monter le plan stups, avec Antoine et Yass. Antoine se fait rapidement repérer, mais Yass parvient à localiser l’appartement de la « nourrice ». Il y monte et s’y enferme. Les renforts arrivent, l’opération est couronnée de succès. Pourtant, lorsque les trois policiers sont a posteriori accusés d’avoir « acheté » les révélations d’une indicatrice avec des saisies nocturnes de cannabis, leur officier nie avoir eu connaissance de telles pratiques.

Cette scène du film suscita une vive réaction de la part des habitants de la cité de la Castellane, où elle fut tournée. Le réalisateur s’est inspiré d’une opération semblable, menée par la BAC Nord. Celle-ci est racontée par S. Bennardo : On décide avec mon coéquipier de faire un gros plan stups à la Castellane, la cité de Zinedine Zidane, où il y a eu un peu de grabuge, histoire de leur montrer que la police ne se laisse pas marcher sur les pieds. Car la Castellane est une zone de non-droit où rares sont les policiers qui osent pénétrer (…). Leïla pénètre dans la Castellane et me dépose au point de vente, au beau milieu de la cité. Mon chef est caché sous une couverture, entre les sièges avant et arrière. Je me mets dans la file d’attente et les acheteurs passent à la queue leu leu. C’est un supermarché de la drogue, ici, et tout le monde laisse faire, pour avoir la paix sociale. Les commissaires nous interdisent d’entrer pour éviter les problèmes. Les habitants ne voient pas d’un mauvais œil leurs enfants « travailler » en bas des immeubles (…). Me voilà au cœur de la Castellane en train de poireauter. Quand Leïla voit qu’il ne reste plus qu’un acheteur devant moi, elle prévient Gérard qui descend du véhicule. Alors les cris fusent : « Arah arah, arah ! » Je fais une clé au vendeur et je le maîtrise au sol. J’attrape son cabas rempli de résine de cannabis et de billets de banque. C’est une grosse cité où les marchands vendent des quantités importantes de rouleaux. Gérard me protège, Leïla est partie, on attend les renforts. Quand ils arrivent, on se sépare. Je garde l’interpellé avec moi à bord d’un véhicule de police. Gérard embarque le sac de marchandise et d’argent dans une voiture, puis le dépose en arrivant dans nos bureaux de la BAC Nord.

S. Bennardo, BAC, chap. 8 « Mon ami Omar de la porte d’Aix », p. 77-79.

À l’issue de cette opération, certains policiers de la BAC Nord avaient prélevé leur « dîme », afin d’alimenter leur « caisse noire »…

Le film ne prend pas ouvertement parti pour la police, puisqu’il dénonce aussi les coupables agissements de certains baqueux. Il ne prend pas position, non plus, pour les personnes vivant dans les cités, car il met aussi en exergue le caractère incontrôlable des trafics (notamment, de stupéfiants) qui s’y déroulent.

Un parallèle avec le film de Ladj Ly, Les Misérables, a été fait. Le visionnage de ce film, ainsi que des travaux réalisés par les élèves sur certains articles de presse, constitueront un prolongement pertinent.

Compte-rendu rédigé par les élèves de CAP2 et M. FILLON.